conscience vraie

Stanley Milgram, Soumission à l'autorité SOUMISSION à l'AUTORITE (suite) Obedience to Authority, english

Stanley Milgram

Suite de l'expérience

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Stanley Milgram - Expérience

4-1) Qu'est-ce qui rend le sujet aussi obéissant ?

- Le désir de tenir la promesse faite au début à l'animateur et d'éviter tout conflit.

- Le sujet perçoit l'animateur comme ayant une autorité légitime au regard de sa position socioprofessionnelle, des études qu'il est censé avoir faites... Refuser d'obéir, serait un manquement grave aux règles de la société, une transgression morale. Il éprouve une forte angoisse à l'idée de rompre ouvertement avec l'autorité.

- La perspective de cette rébellion et du bouleversement d'une situation sociale bien définie qui s'en suivra automatiquement constitue une épreuve que beaucoup d'individus sont incapables d'affronter.

- La tendance pour l'individu à se laisser absorber par les aspects techniques immédiats de sa tâche, lui faisant perdre de vue ses conséquences lointaines.

- L'abandon de toute responsabilité personnelle en se laissant instrumentaliser par le représentant de l'autorité.

- Le souhait de se montrer "digne" de ce que l'autorité attend de lui...

Certains voient les systèmes érigés par la société comme des entités à part entière. Ils se refusent à voir l'homme derrière les systèmes et les institutions. Quand l'animateur dit : "l'expérience exige que vous continuiez", le sujet ne se pose pas la questions : "l'expérience de qui ? ". Pour certains "l'Expérience" était vécue comme ayant une existence propre.

- La capacité à justifier psychologiquement l'acte cruel en dévalorisant la victime. Beaucoup de sujets trouvaient nécessaire de déprécier la victime "qui s'était elle-même attiré son châtiment par ses déficiences intellectuelles et morales". Stanley Milgram rappelle aussi que l'extermination des Juifs avait été précédée d'une violente propagande antisémite.

- Le besoin ressenti de continuité de l'action : le fait de poursuivre jusqu'au bout rassure le sujet sur le bien fondé de sa conduite antérieure. Il neutralise ainsi son sentiment de malaise (sa mauvaise conscience) vis à vis des précédentes actions avec les nouvelles.

C'est ce processus fragmentaire qui entraîne le sujet dans un comportement destructeur.

- La difficulté à transformer convictions et valeurs en actes.

Certains sujets étaient cependant hostiles dans une certaines mesure à l'expérience. Ils protestaient sans cesser toutefois d'obéir.Les manifestations émotionnelles observées en laboratoire (tremblements, ricanements nerveux, embarras évident) prouvent que le sujet envisage d'enfreindre les règles.

- La facilité à nier sa responsabilité quand on est un simple maillon intermédiaire dans la chaîne des exécutants d'un processus de destruction et que l'acte final est suffisamment éloigné pour pouvoir être ignoré.

- La fragmentation de l'acte humain total permet à celui qui prend la décision initiale de ne pas être confronté avec ses conséquences.

La fragmentation de l'acte social est le trait commun le plus caractéristique de l'organisation sociale du mal. L'individu ne parvient pas à avoir une vue d'ensemble de la situation, il s'en remet à l'autorité supérieure.

D'autres variantes de l'expérience ont également démontré que la soumission à des ordres destructeurs dépend en partie du degré de proximité de l'autorité par rapport au sujet.

D'autres éléments sont à prendre en compte dans le processus de l'obéissance. Les causes profondes de l'obéissance sont inhérentes aussi bien aux structures innées de l'individu qu'aux influences sociales auxquelles il est soumis depuis sa naissance. Stanely Milgram renvoie à différentes approches comme la thèse évolutionniste et l'adaptation, la théorie sur les effets de groupe.

Et notamment :
- La définition claire du statu de chacun pour maintenir la cohésion de la bande.
- La propension de chaque individu à se rallier au groupe même quand il a irréfutablement tort. (Stabley. Milgram renvoie ici aux expériences menées par E. Asch).
- La volonté des personnes à vouloir s'intégrer dans la hiérarchie, et les modifications conséquentes de comportements qui vont s'en suivre. Ce que Stanley Milgram appelle : "l'état agentique". Cet état qualifie l'individu qui se considère comme l'agent exécutif d'une volonté étrangère par opposition à l'état autonome dans lequel il estime être l'auteur de ses actes.
Ce processus est en rapport avec une structure de récompense. La docilité rapporte à l'individu une récompense, alors que la rébellion entraîne le plus souvent un châtiment.

Stanley Milgram rappelle aussi que parmi les nombreuses formes de récompenses décernées à la soumission inconditionnelle, la plus ingénieuse reste celle qui consiste à placer l'individu dans une niche de la structure dont il fait partie. Cette "promotion" a pour but principal d'assurer la continuité de la hiérarchie.

- L'identification de l'autorité à la norme.

La légitimation d'un contrôle social par une 'idéologie justificatrice. "Lorsqu'on est à même de déterminer le sens de la vie pour un individu, il n'y a qu'un pas à franchir pour déterminer son comportement". Tout en accomplissant une action, le sujet permet à l'autorité de décider à sa place de sa signification.

Cette abdication idéologique constitue le fondement cognitif essentiel de l'obéissance.

4-2) Tension et désobéissance

Quelles ont été les sources de tension chez les sujets ?

- les cris de douleurs de l'élève provoquant une réaction spontanée,
- la violation des valeurs morales et sociales inhérente au fait d'infliger des souffrances à un innocent,
- la menace implicite de représailles par la victime, certains sujets craignant que leur conduite soit répréhensible sur le plan légal,
- la dualité provoquée par la contradiction des exigences reçues simultanément par l'expérimentateur et l'élève (la victime),
- l'incompatibilité de l'image qu'ils ont d'eux même pendant l'action avec celle qu'ils se font d'eux même.

La tension éprouvée par les sujets ne montre pas la puissance de l'autorité mais au contraire sa faiblesse. Pour certains la conversion à l'état agentique n'est que partielle. Si son intégration dans le système d'autorité était total, le sujet n'éprouverait pas d'anxiété en exécutant les ordres aussi cruels soient-ils. Tout signe de tension est la preuve manifeste de l'échec de l'autorité à convertir le sujet à un état agentique absolu.

Le pouvoir de persuasion du système d'autorité mis en place au laboratoire est évidemment sans commune mesure avec ceux des systèmes tout-puissants, comme les structures totalitaire d'Hitler et de Staline. Dans ces structures les subordonnés s'identifiaient avec leurs rôles.

Stanley Milgram compare l'absence de conscience des sujets pendant l'expérience, à un sommeil dans lequel les perceptions et réactions sont considérablement diminuées, mais pendant lequel un fort stimuli peut faire sortir l'individu de sa léthargie. L'état produit en laboratoire peut être assimilé à un léger assoupissement en comparaison de l'engourdissement profond suscité par le système d'autorité tout-puissant d'un gouvernement.

Quels sont les mécanismes qui permettent la résolution de la tension ?

- Le refus d'obéissance. Mais peu d'individus en sont capables car il choisissent des moyens moins radicaux et plus faciles pour réduire leur tension.

- La dérobade est le plus primitif de ces mécanismes. C'est le plus répandu car le plus facile. Le sujet tente de se dissimuler les conséquences de ses actes.

Une autre forme de la dérobade consiste à se désintéresser de la victime. Elle vise l'élimination psychologique de la victime comme source de malaise.

- Le refus de l'évidence. Proche de la dérobade, ce mécanisme a pour but de prêter une fin plus heureuse aux évènements. C'est une force de persuasion aussi bien pratiquée par les bourreaux que par les victimes. Stanley Milgram rappelle que confrontés à une mort éminente, les Juifs ne pouvaient pas accepter la réalité aveuglante du génocide. Dans cette expérience, certains sujets ont nié le caractère douloureux des chocs ou la réalité de la souffrance de la victime.

Mais le comportement le plus répandu durant l'expérience est : Le refus de leur propre responsabilité.

C'est le comportement de rationalisation par excellence, qui s'exprime par différentes voix : la justification de la légitimité de l'expérience, le dénigrement de la victime, mais aussi certains "aménagements" avec les ordres. Certains sujets ont utilisé des subterfuges afin de diminuer leur tension. Cette façon d'aménager l'ordre reçu n'est en fait qu'un baume sur la conscience du sujet. C'est une action symbolique révélant l'incapacité du sujet à choisir une conduite en accord avec ses convictions humanitaires, mais qui l'aide à préserver son image.

Sans rejeter les ordres, certains sujets ont essayé d'en diminuer la portée, par exemple, en envoyant quand même la décharge électrique ordonnée, mais en diminuant le temps, ou l'intensité. D'autres essayaient de faire comprendre à l'élève quelle était la bonne réponse par des intonations de voix.

D'autres sujets ont exprimé leur désaccord, tout en continuant d'appliquer les ordres.

Les manifestations psychosomatiques : les manifestations physiques du stress permettent d'évacuer la tension. Stanley Milgram déduit de ces observations le but ultime que les sujets s'efforcent d'atteindre : En réduisant à un degré supportable l'intensité du conflit que le sujet éprouve, ces mécanismes lui permettent de conserver intacte sa relation avec l'autorité.

4-3) Le processus de la désobéissance

La désobéissance est le moyen ultime d'abolir la tension. Désobéir est un acte très anxiogène, il implique non seulement le refus d'exécuter un ordre, mais de sortir du rôle qui a été assigné à l'individu (ici au sujet). Ce qui crée à une petite échelle une forme d'anomie. Alors que le sujet obéissant rejette sur ce dernier la responsabilité de son action, le sujet rebelle accepte la responsabilité de détruire l'expérience. Il peut avoir l'impression corrosive de s'être rendu coupable de déloyauté envers la science.

Ce processus suit de pénibles étapes :

- le doute,

- l'extériorisation du doute,

- la désapprobation,

- la menace de refus d'obéissance,

- la désobéissance.

Ce processus est le difficile chemin que seule une minorité d'individu est capable de suivre jusqu'à son terme. Stanley Milgram insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une démarche négative, mais au contraire d'un acte positif, d'une volonté délibérée d'aller à contre-courant : "La désobéissance exige non seulement la mobilisation des ressources intérieures, mais encore leur transformation dans un domaine situé bien au-delà des scrupules moraux et des simples objections courtoisement formulées : le domaine de l'action. Tout lemonde peut y accéder mais au prix d'un effort psychique considérable."

5) Conclusions

Conclusions de Stanley Milgram :

Tout être possède une conscience qui endigue avec plus ou mois d'efficacité le flot impétueux de ses pulsions destructrices. Mais quand il s'intègre dans une structure organisationnelle, l'individu autonome cède la place à une créature nouvelle privée des barrières dressées par la morale personnelle, libérée de toute inhibition, uniquement préoccupée des sanctions de l'autorité. Pour le promoteur de l'expérience les résultats sont perturbants. Ils incitent à penser qu'on ne peut faire confiance à l'homme en général ou, plus spécifiquement au type de caractère produit par la société démocratique pour mettre les citoyens à l'abri des cruautés et des crimes contre l'humanité dictés par une autorité malveillante.

A une très grande majorité, les gens font ce qu'on leur demande de faire sans tenir compte de la nature de l'acte prescrit et sans être réfrénés par leur conscience dès lors que l'ordre leur paraît émaner d'une autorité légitime.

Mes conclusions :
La conscience est la principale clé permettant de contrecarrer les abus d'autorité. La développer et la nettoyer des fonctionnements parasitaires de la conscience fausse entraîne le déploiement du discernement et de la solidarité dans une société où une majorité de personnes, quelque soient les mensonges qu'elles se racontent à elles-mêmes, dans leur for intérieur, aspirent à la paix et à l'harmonie.

Copyright © Josselyne Abadie
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(page créée le : le 15 octobre 20021, republiée le 9 juin 2011)

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